Strasbourg : bientôt tout bétonné ?

Source : Alsace Actu – Les projets de construction et d’artificialisation des espaces naturels ou des friches s’accumulent. Les grues s’activent, les bâtiments s’élèvent, parfois très haut, au détriment des quelques terrains restés habités par les arbres, les ruisseaux et la faune. Une tribune engagée d’Arnaud Schmitt.


On pense d’abord au nouveau quartier d’affaires Archipel, du côté du Parlement Européen. Des espaces agréables, où il faisait bon pédaler sur les longues pistes cyclables, où l’on pouvait se promener et profiter, à deux pas de la ville, d’un peu de fraîcheur et de verdure. Hôtel de luxe, siège d’Adidas France, filiale informatique du Crédit Mutuel, les immenses bâtiments ne manqueront pas. Cet espace jusque-là relativement préservé deviendra « un centre de vie » animé. Et bétonné. Avec quelques « espaces verts », restreints et très règlementés.

On pense ensuite à l’agrandissement sans fin du tram, jusqu’à Kehl, jusqu’à Koenigshoffen, qui va contribuer à l’explosion des zones « néo-rurales », peuplées de citadins qui peuvent désormais habiter à quelques encablures de la métropole et avoir leur petit bout de jardin, leur pavillon individuel. Ces villages (Breuschwickersheim, Fegersheim, Lipsheim, Mundolsheim…) attirent les projets de constructions, qui fleurissent même jusqu’au pied des Vosges. Les immeubles empiètent sur des terres autrefois agricoles. Bientôt tout sera même relié, peut-être par un RER strasbourgeois.

On pense enfin à toutes les entreprises qui s’installent dans la métropole alsacienne, qui concentrent les emplois dans un espace urbain unique. Les longues files de voiture qui chaque matin et chaque soir font perdre un temps infini à des milliers de personnes en Alsace. Et pourquoi ne pas construire un Grand Contournement Ouest, déboiser, détruire des espaces naturels, pour désengorger tout ça ? L’éloignement domicile-travail, responsable de bien des problèmes…

Alors que faire ? Arrêter l’expansion démographique, sauvegarder et régénérer des espaces naturels, encourager les entreprises à s’installer dans les villages (ou plutôt à y rester), améliorer quelques transports en commun nécessaires, et bien d’autres solutions auxquelles je ne pense pas. C’est peut-être à nous, Alsaciens, de nous emparer de la question, avant de vivre dans un enfer de béton, de verre et d’acier.